Le 1er Bataillon de Tirailleurs Somalis durant la 2e Guerre Mondiale

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Hommage philatélique édité en 2016 avec la présence notable sur le timbre en bas à droite, du monument symbolique de la Pointe de Grave !

Hommage philatélique édité en 2016 avec la présence notable sur le timbre en bas à droite, du monument symbolique de la Pointe de Grave (dynamité par l’occupant le 30 mai 1942⁽¹⁾). Il apparaît semblable au « Projet d’Albert Bartholomé publié dans L’Illustration du 2 juillet 1921″⁽²⁾. 

Constitué en août 1915 à partir de recrues de la Côte française des Somalis, cette unité appartenait à l’Armée coloniale française. Il s’agit au départ d’un « contingent de travailleurs non armés »⁽³⁾ recrutés à Madagascar et Djibouti. Mais bien vite, dans un contexte particulier, acculée, la France se voit obligée d’élargir sa zone de recrutement au début de l’année suivante : « (…) 

Le nom du bataillon évolue : de Bataillon Sénégalais de Madagascar, il devient le 6e Bataillon de Marche Somali et enfin 1er Bataillon de Tirailleurs Somalis. Son effectif est de 1 700 hommes. »⁽³⁾ 

Ces volontaires (à la différence de l’ensemble des autres colonies), s’illustreront vaillamment durant la Grande Guerre portant ainsi secours à celle que l’on nommait alors la « Mère Patrie ». 

Recréé pendant la Seconde Guerre mondiale, le régiment de marche d’Afrique équatoriale française et somalie (ainsi reformé), est intégré au sein du Détachement d’armée de l’Atlantique (DAA), commandé par le général de Larminat, chargé de réduire la poche de Royan au début de l’année 1945. 

« Le 26 (mars), il débarquait à Lesparre (Gironde) ; affecté aux F.F.G.R. brigade de marche du Médoc, dans le secteur de la Pointe de Grave. »⁽⁴⁾ 

C’est ainsi que ces hommes participent aux combats⁽⁵⁾ de Royan et de la Pointe de Grave avant de libérer Soulac le 18 avril. La lutte contre l’occupant se fera parfois au prix de méthodes colonialistes⁽⁶⁾ (par un tract diffusé à la Pointe de Grave), passablement ancrées dans les pensées de l’époque que je porte à la connaissance de tous, mais que l’on ne saurait cependant généraliser⁽⁷⁾. 

Au lendemain des combats, les témoignages de reconnaissance seront heureusement nombreux. 

Le 22 avril 1945, alors en visite à Grayan, le général de Gaulle décerne une citation à l’ordre de l’armée au bataillon somali. C’est au cours d’une prise d’armes sur le terrain d’aviation de Soulac, qu’il accroche lui-même une palme au fanion du bataillon. 

Le 14 juillet 1945, durant le défilé à travers les rues de Bordeaux, les Bordelais font au bataillon « une ovation indescriptible, saluant en eux les libérateurs de la Pointe de Grave. »⁽⁸⁾ 

Le bataillon somali sera dissous le 25 juin 1946. 

Ces quelques lignes qui je l’espère rappelleront la mémoire « de cette belle unité de la France Combattante » ne sauraient constituer à elles seules la participation effective de ces libérateurs aux cours des événements qui ont émaillé les derniers chapitres de la Seconde Guerre Mondiale en terre médocaine. 

L’Histoire est faite d’une multiplicité de faits qui sont autant d’aspérités que l’on me pardonnera de ne pas retranscrire ici dans les (moindres) détails. Je vous invite donc à consulter le déroulement des faits de cette fin du mois d’avril 1945 sur la page de la Fondation de la France Libre : 👉 http://www.france-libre.net/bataillon-marche-somali/

Notes & bibliographie
⁽¹⁾ Le Verdon, 30 mai 1942 - Le Monument élevé à la Gloire des Américains est dynamité par les Allemands.
⁽²⁾ Projet d’Albert Bartholomé publié dans L’Illustration du 2 juillet 1921.
(cf. figure 4)
⁽³⁾ "Les Tirailleurs somalis dans la Grande Guerre"
⁽⁴⁾ "Le bataillon de marche Somali"
⁽⁵⁾ "Au cours de ces combats les pertes du bataillon somali s'élèvent à 41 tués (5 Européens et 36 tirailleurs) et 106 blessés (10 Européens et 96 tirailleurs) soit 147 hommes sur un effectif de 860." - http://67400.free.fr/monsiteweb/bataillon_somalis.htm
⁽⁶⁾ "(...) Ce traitement traduit une culture colonialiste imprégnant alors le corps des officiers français. Si elle ne se réfère pas nécessairement à une perception péjorative des soldats nord-africains ou coloniaux, elle renvoie par contre à des préjugés paternalistes et simplistes. L’emploi de ces hommes est régi par leur origine géographique et par une hypothèse de rusticité et de force physique, les désignant collectivement pour des tâches de combattants de base ou de travailleurs. Au besoin, les Africains servent également d’épouvantail, à l’image d’un tract diffusé dans la Pointe de Grave, à destination des Allemands :
"Si vous n’exécutez pas cet ordre [se rendre], vous aurez à faire aux Nègres du Sénégal [Senegalnegern] qui sont devant vous. Tous ceux qui résisteront ne reverront jamais plus l’Allemagne."
(Tract d’avril 1945).
Extrait de "L'engagement de troupes nord-africaines et coloniales dans le Sud-ouest de la France en 1944-1945" par Stéphane Weiss.
⁽⁷⁾ "(...) La cohabitation avec les anciens FFI constitue enfin une nouveauté pour tous les cadres arrivant d’outre-mer. Dans le cas des FFO, où les FFI sont majoritaires, contrairement à la situation au sein de la 1re Armée, cette cohabitation semble s’être plutôt bien déroulée. Il convient toutefois de distinguer les unités régulières venues dès l’automne ou l’hiver de celles arrivées plus tardivement. Les journaux de marche ne témoignent d’aucun souci particulier entre les premières et les unités issues des FFI. Dans le cas du Régiment AEF-Somalie, arrivé en mars, les relations ont été plus réservées : son commandant doit préciser à ses cadres que FFI et coloniaux ne sont pas « ennemis » mais « camarades ». Lors des opérations de la Pointe de Grave, le commandant du Bataillon somali n’aura pas de mots assez durs pour qualifier les « troupeaux FFI » et « hordes FFI ».
Rien ne permet cependant de généraliser ce point de vue."
Extrait de "L'engagement de troupes nord-africaines et coloniales dans le Sud-ouest de la France en 1944-1945" par Stéphane Weiss.
⁽⁸⁾ Le Bataillon de Marche Somali (BMS).
Hommages
🔹"(...) on ne trouve à Djibouti aucun monument aux morts sur lequel on pourrait lire les noms des « Morts pour la France » de 1945 alors qu’ils apparaissent sur le monument commémoratif de Soulac." (cf. photo dans les commentaires).
🔹"Le Médoc célèbre ses libérateurs (18 avril 2015)."
"Pour les 70 ans de la libération du Médoc, plusieurs rassemblements étaient organisés samedi sur la presqu’île."
Crédits

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Elisabeth FÉGHALI
Directrice de publication

Médiéviste & historienne,  spécialiste du Liban médiévale et passionnée par Soulac. Ancienne fondatrice et directrice de publication du magazine médiéval Citadelle - un autre regard sur le moyen âge

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